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Eurockéennes 2011

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jeudi 17 mars 2016, par Loïc Hamidi
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Cette édition 2011 des Eurockéennes de Belfort était une année que j’ai sentie comme charnière dans l’histoire du festival. Moins de groupes, des changements drastiques au niveau des scènes, des spectacles de rue... Est-ce à cause de la baisse flagrante de fréquentation enregistrée l’an dernier ? Pour reprendre un public qui envisageait malheureusement de se tourner vers l’anti-festival qu’est le Main Square d’Arras et sa concurrence déloyale ? Ou une simple volonté de changement ? Sans doute un peu de tout ça. Une chose est certaine, la stratégie a payé, 15 000 personnes de plus sont venues. J’évoquerais ces changements et l’impression qu’ils m’ont fait au long de cet article.

La première chose qui est à signaler, c’est cette décision incompréhensible, cette disparition qui nous a tous rendus orphelins : le camping n’ouvrait pas le jeudi soir ! Mes six éditions précédentes ont toutes débuté par cette première soirée que je considérais comme immanquable, qui était notre mise en bouche, notre prélude aux trois jours incroyables qui allaient suivre. C’était l’occasion de retrouver posément les amis qu’on n’avait pas vu depuis longtemps, de se balader pour redécouvrir le camping et jauger l’ambiance de l’année, de se mettre une première mine pour que les autres passent mieux...
J’ai appris plus tard qu’un groupe d’irréductibles, duquel j’ai honte de ne pas avoir fait parti, est allé camper devant l’entrée du véritable camping, et que les organisateurs ont fini par ouvrir le site aux alentours de 1h du matin. J’espère de tout cœur que grâce à ça les choses redeviennent comme avant. Rendez nous notre jeudi soir !
Personnellement, même si je n’y étais pas, un ami belfortain très sympathique m’a permit de tout de même faire ma soirée pré-eurocks dans le 90, grand merci à lui !

Ce n’est donc que le vendredi que j’arrive au camping, ça fait très bizarre mais heureusement le premier concert qui m’intéresse n’est qu’assez tard, j’ai donc un peu de temps pour me poser, boire un apéro et tutti quanti. Les tentes se multiplient à un rythme impressionnant : ça annonce du lourd !

Suites à différentes péripéties, je ne prends les tortueuses, agaçantes, fatigantes mais si incontournablement conviviales planches de bois qui constituent le périple difficile mais nécessaire pour arriver sur le site qu’encore plus tard que prévu. Je voulais en faire un tour rapide pour en apprécier pleinement les nouveautés, mais je n’ai pas le temps, un groupe que je voulais absolument voir commence à la Loggia : And So I Watch You From Afar.
Première découverte, première déception : la Loggia me semble clairement avoir été réduite et est risiblement minuscule. De plus, son accès a été modifié, et il faut traverser à la fois ceux qui regardent le concert de coté et ceux qui attendent pour les toilettes. Ainsi, même si il n’y a un monde excessif sous le chapiteau, y accéder est une vraie gageure. Tout sauf pratique.
Mais j’y arrive finalement, et je suis directement comblé, très bon premier concert. Du rock progressif intensément puissant, des guitares parfois déchirantes et planantes, souvent bien énervées et associées à une batterie fiévreuse au possible, à la cadence frénétiquement irrésistible.

Électrisé par cette première excellente prestation, je me dirige avec une curiosité et une impatience certaine vers la Plage. Cette scène, que j’avais déjà qualifié de plus belle du monde, a subit un important lifting cette année, et j’ai vraiment très envie de voir ce que ça donne.
La réponse est nette : splendide. La scène, que je trouve clairement agrandie, est montée directement sur l’eau, sur pilotis, et quand on lui fait face, de part et d’autre apparaît le magnifique lac du Malsaucy : la vision est idyllique.
Pour me combler encore un peu plus, le premier concert est celui que j’attends le plus de la journée, les immenses Battles. Ce groupe m’avait par deux fois comblé en 2008, d’abord aux mêmes Eurockéennes, puis à Dour et leur nouvel album, Glass Drop, est une petite merveille de math-rock « tropical », incroyablement efficace et festif. Autant dire que je m’attendais à quelque chose d’énorme. Et je l’ai eu.
Je ne pense pas que le concert aurait pu être aussi appréciable ailleurs, aucune scène ne convient mieux à ce qu’ils ont fait que la Plage. Le coté tropical va à merveille avec le sable et le lac et surtout, la nuit commence à tomber et l’installation lumineuse nouvellement mise en place est l’une des toutes meilleures que je n’ai jamais vu, on s’en prend sans cesse plein les yeux, et la synchronisation est parfaite avec les moindres petits bidouillages du groupe. Pour ne rien gâcher, l’état dans lequel j’étais m’a encore plus Largement Satisfait De leur performance.
Le groupe enchaîne des morceaux labyrinthiques, où chaque nouveau son t’emmène vers de nouveaux horizons avant qu’un autre te récupère pour t’emporter encore plus loin. L’impression n’est que plus forte avec ces jeux de lumières fantastiques, qui fusionnent presque avec la musique, pour que le spectacle illumine les yeux comme les oreilles, sans oublier le corps, dans lequel on ressent les rythmes immenses, la batterie surnaturelle, la basse impérieuse. Et aux seins de ses musiques sinueuses et pourtant immensément festives, le groupe parvient de surcroît à distiller une sensualité, ou disons le clairement, une sexualité débridée qui ajoute encore une dimension très tactile au tout.
Un concert qui joue sur tous les sens, et qui les emporte au delà du descriptible, voilà ce qu’était le concert des Battles.
Je n’ai aucun regret par rapport à la setlist, qui était intégralement composée de morceaux de Glass Drop, je m’en étais imprégné au mieux et je les avais déjà vus défendre Mirrored. Même si j’avoue, Atlas ne m’aurait pas dérangé...

En passant près de la toute nouvelle Green Room, qui remplace le chapiteau et que je n’ai pas encore essayé, la voix de Beth Ditto m’agresse. Je ne sais pas si ça vient de mon état d’esprit d’alors ou du fait que je sache que ce qu’elle fait en solo est franchement mauvais, mais ça ne me donne pas du tout envie d’approcher. Je passe près de Wu Lyf, qui confirme ce que j’en pensais : la musique n’est pas mal, mais le « chant » est rédhibitoire. Mais pourquoi donc hurle t-il comme ça ?!

Mieux vaut retourner à la divine Plage pour Metronomy. Sur la route, de splendides installations : un arbre de lumière, des immenses créations en forme de plantes d’un vert saisissant. Le doute n’est plus permis, les Eurockéennes sont le plus beau festival qui soit, le site est magnifique et n’a jamais été aussi beau qu’agrémenté de la sorte.
Cette impression n’est que renforcée quand je revois la Plage : maintenant qu’il fait vraiment nuit, la scène est encore plus belle, des lumières éclairent le lac, les autres s’y reflètent. Et c’est parti pour une nouvelle heure de délices visuels, toutes les scènes du monde devrait reprendre l’installation mise en place ici !
Je parle du visuel, j’en oublie presque de parler du groupe, qui ne le mérite pourtant pas. Leur sublime pop teintée d’électro peut être qualifiée d’universelle tant elle m’a fait penser à une quantité impressionnante de groupes, mais sans jamais tomber dans la bête copie, et tant j’avais l’impression de connaître toute les chansons depuis des années alors que je n’avais écouté que deux ou trois fois leur dernier album. Sur scène leurs excellentes compositions sont nettement plus rythmées et énergiques, et c’est avec un enthousiasme franc que je m’agite, que je commence déjà à briser ma voix. Ils le méritaient !

De retour à la Loggia, que je suis maintenant convaincu de détester cette année, je galère à nouveau pour accéder au concert de Carte Blanche, aka Dj Medhi feat Riton. J’essaye de bouger, les rythmes efficaces m’y aident au début, mais assez vite je trouve que ça fait vraiment trop « musique de boite », que les deux dindes potelées sur scène sont vraiment ridicules et aguichent plus qu’elles ne dansent, ce qu’elles font l’une comme l’autre assez mal.

Je me barre donc pour être bien placé pour Paul Kalkbrenner. J’avais entendu plein de gens clamer qu’ils étaient là avant tout pour lui, que c’était une immense tête d’affiche, mais je n’y allais pas, à la base, avec un emballement particulier. La minimale, je l’ai toujours dit : très peu pour moi.
Et bien je me trompais. J’étais alors persuadé que le meilleur concert de la journée allait être Battles. C’était faux. Paul pourrait même concurrencer Arcade Fire au titre de meilleur concert de l’année.
Sceptique durant la première chanson, mais déjà impressionné par le son de la Grande Scène, que je n’avais pas encore vu cette année et qui me semble encore plus grande que d’habitude, ainsi que par les effets visuels très sympathiques, je décide de me laisser aller à cette Minimale De Malade Allemande. Ce fut un jeu d’enfant. Est-ce le dieu de la minimale ? Je ne sais pas, mais je lui donne ce titre les yeux fermés.
J’ai enfin pris l’ampleur des effets que pouvait faire cette musique, que je trouvais trop répétitive, trop simple. Répétitive, peut être, de prime abord. Mais c’est ce qui permet de rentrer totalement dans la musique, et de remarquer toutes ses variations à peine perceptibles mais ô combien réelles , ce qui est rendu d’autant plus aisé par ce son, remarquable, géré au décibel près pour atteindre une netteté et une puissance inégalées cette année. Et alors c’est l’extase, la transe, l’ataraxie, la récompense ultime du spectateur, que je recherche sans cesse mais ne trouve qu’à quelques rares concerts, les plus exceptionnels. Nine Inch Nails, Tool, Robert Plant, Massive Attack ou Tinawiren m’ont fait ça. La liste n’est pas beaucoup plus longue mais compte un nouveau membre : Paul Kalkbrenner.
Tout le long du concert, je ressens la musique comme si elle venait non pas de la scène, mais de mon corps, qui vibre aux moindres sons qui y résonnent, qui le parcourent, me faisant danser presque instinctivement sans même que j’ai conscience de mes mouvements. J’atteins alors la félicité la plus complète, la plus jubilatoire.
C’était grandiose, magique. Et les effets visuels étaient simplement incroyables, des vidéos d’une netteté et d’une profondeur fabuleuses alternant avec des explosions de couleurs t’entraînant encore un peu plus dans cet état hypnotique et si particulièrement délectable.

C’est béat par cette journée courte mais exceptionnelle, l’une des toutes meilleures que j’ai passé aux Eurockéennes, que je reprends le chemin des rails, de nuit cette fois, mais avec une ambiance de folie pour rentrer au camping.
Totalement électrisé par ma journée, je ne me couche que très tard, non avant d’avoir tourné dans le camping et d’avoir squatté le bus Time’s Up, car itinérant allant de festival en festival pour proposer aux campeurs de jouer à divers jeux de société. C’est à 8h du matin qu’il nous accueille dans son sympathique « intérieur » pour des fous rires inoubliables entre les derniers festivaliers motivés.
Je m’endors enfin aux alentours de 10h du matin, me réveille dès 11 et somnole une petite heure sous la tonnelle, clairement insuffisant ! Et je vais le payer cher...

Déjà totalement claqué, je dois cependant me motiver tôt pour voir ma révélation de ce début d’année : Anna Calvi. 17h30, alors que le concert suivant qui m’intéresse vraiment n’est qu’à...23h15 ! Je me dis que je trouverais bien de quoi m’occuper, en allant de concert en concert, et de toute façon, il est inconcevable de louper Anna Calvi.
C’est pourtant ce qui est quasiment arrivé. Partant un poil plus tard que prévu, je suis surtout retardé par le monde impressionnant à l’entrée. Je vois les minutes défiler, et j’entends « Suzanne and I... Never will we be appart » alors qu’il reste énormément de monde devant moi. Au désespoir, je me hâte autant que possible, alors qu’elle enchaîne I’ll Be Your Man et First We Kiss, c’est un supplice ! J’accède enfin au site et court jusqu’à la Green Room, qui n’est pas très remplie ce qui me permet, au moins, d’aller devant.
Je vois ainsi de très près ce monstre de charisme, dans sa tenue rouge et noir, chaussées de hauts talons, impérieuse, divine. Et ce sont ces mots qui reviennent quand elle se met à chanter, quelle voix ! Une voix unique mais qui en rappelle certaines, PJ Harvey en tête, Jeff Buckley pour les intonations. Une voix chaude, qui porte et qui jamais ne faiblit. Une voix à la fois rassurante et sensuelle, à l’image de sa propriétaire. Une voix profonde et enchanteresse.
C’est Desire que j’entends finalement, je chante à tue tête, appréciant cet instant pur, plein de frissons et d’émotions. Le son est très bon, et si je m’attendais à être bluffé par sa voix, mais sans doute pas à ce point, je ne pensais pas qu’elle m’impressionnerait autant en tant que guitariste. Et pourtant quel talent ! Anna prend souvent le temps d’allonger ses chansons, du moins les 3 (…) que j’ai vu pour improviser quelques accords avec une grâce et un talent tout particuliers. Et quelle voix !
C’est Jezebel qui suit, ce qui me déçoit, cette reprise de Piaf n’est pas sur l’album et je la connais très peu. Mais je l’apprécie pourtant pleinement, Anna est irrésistible. Et quelle voix !
Vient alors,déjà , la dernière chanson, la sublime Love Won’t Be Leaving, rallongée de trois bonnes minutes, où elle donne tout ce qui lui reste et me transporte dans un tout nouveau monde. Et quelle voix !
Rendez vous à la laiterie de Strasbourg à la rentrée, je serai à l’heure cette fois ci, promis !

Et voilà, après ce moment de grâce c’est le vide, et le pire moment que je n’ai jamais passé aux Eurockéennes. Je ne m’y suis jamais ennuyé, et là, durant 5 longues heures, je ne vais faire qu’errer de déceptions en déceptions, totalement ravagé par la veille de surcroît, et de plus en plus blasé à mesure que le temps passe.
L’explication à ce phénomène est simple : 54 groupes. C’est tout ce qui était proposé cette année. Les changements apportés au site ont t-ils englouti le budget à un point tel que la programmation eut dû être réduite à ce point ? C’est ce qui était proposé en deux jours l’an dernier ! D’où un planning dont la simplicité n’avait d’égal que la stupidité : un concert à la Grande Scène pour un concert à la Plage, suivi d’un concert à la Green Room pour un concert à la Loggia. Scènes blindées, décisions difficiles et parfois vides répétés étaient alors les conséquences malheureuses de ce choix incompréhensible.
En particulier ce samedi après midi qui n’avait vraiment rien pour lui.

D’abord Kyuss. En m’approchant je trouve la musique sympathique, mais plus près la voix du chanteur insupporte, énerve même quelle horreur ! Je fuis au plus vite.
Je tente alors Drums are for Parade, mais je n’accroche pas du tout. Je vais voir la fin de Raphaël Saadiq, qui donne un concert moins fade que ce à quoi j’aurais pu m’attendre, mais qui n’atteint vraiment pas des sommets pour autant.
Après une longue errance, halluciné de ne voir que des concerts miteux à la chaine, je ne tente même pas Motorhead. Je suis alors las au possible. Mais qu’est ce qui se passe ?

Pour m’occuper je me décide à tenter le Silent Beach. Cette installation, qui avait déjà été mise en place en 2008 sous le nom de Silent Disco, refait bien heureusement sa réapparition cette année, ce fut l’un des meilleurs moments de la journée. Déjà bien fendard il y a trois ans, le principe a été amélioré au mieux depuis : un casque pouvant switcher d’un canal à l’autre est remit à l’entrée, et deux « DJ », passent des « remixs » d’une simplicité telle qu’ils nécessitent des guillemets. Mais on est clairement pas là pour apprécier la musique, la qualité des casques de ne le permettrait de toute façon pas. Le concept c’est plus de danser et chanter comme des cinglés, se moquer des autres et aussi beaucoup de soi même. L’ajout de canaux est génial : comme le public se divise en deux obédiences, le jeu est d’essayer de savoir si ton voisin danse sur la même chose que toi. Ça donne aussi des moments de grande solitude, alors que tu es encore en train de chantonner « On ira tous au paradis » qui passe sur le premier canal, les gens autour de toi hurlent et dansent sur The Final Countdown !
Drôlissime ! Un interlude qui fait du bien après cet ennui qui n’en finissait plus, mais faut pas déconner non plus, je suis là pour voir de vrais concerts, si ce n’est pas trop demander.

House of Pain joue à la Green Room, j’y place de grands espoirs, faîtes décoller cette ignoble journée, pitié ! Malheureusement, pour le premier concert que j’y fais vraiment, je me rends alors compte de la nullité absolue de cette scène. La customisation Heineken à outrance ne me plaisait déjà pas beaucoup, trop commerciale, mais alors le son ! Quelle horreur ! Je tente vainement de danser, mais blasé comme je le suis, je n’y arrive simplement pas avec ce son inaudible, où l’on entend plus les gens autour de nous que la musique venant de la scène. Je regrette presque le Chapiteau, que la Green Room remplace, qui était pourtant la scène que j’aimais le moins. Il était difficile d’y accéder, mais une fois en dessous, on entendait bien ! Avec cette scène ouverte, le son semble se perdre invariablement avant d’accéder à nos oreilles, quel gâchis !

C’est donc désabusé, dégoûté comme jamais que je me dirige vers la Grande Scène, qui elle au moins à un son qui porte, pour y voir un groupe habitué des Eurockéennes : Queens of the Stone Age. J’ai déjà vu le groupe de Josh Homme deux fois sur cette même scène, en 2005 et en 2007. Je ne suis pas un grand fan, mais je sais qu’il s’agit d’une valeur sûre en concert. Et, enfin, je ne suis pas déçu.
Ayant d’abord du mal à me mettre franchement dans l’ambiance, suite à cette après midi ignoble et malgré l’ouverture avec l’immense Feel good, hit of the summer (Nicotine, Valium, Vicodin, Marijuana, Ecstasy and Alcohol ! Cococococaiiine), j’y parviens finalement et apprécie le concert comme aucun autre cette journée, mis à part la fin d’Anna Calvi. Ah si on m’avait dit que le concert que je préférerai ce samedi serait QOTSA ! Le spectacle était impeccable ; le jeu de guitare génial, la musique énervée et toujours aussi efficace, même si Josh Homme est toujours aussi ridicule avec son jeu de hanche ! Et même si je n’en écoute pas personnellement, j’ai suffisamment de potes fans pour pouvoir reconnaître quasiment toutes les chansons, que j’apprécie d’autant plus.
Enfin ! Un bon concert, incroyable !

Je retourne avec dépit à cette Green Room abjecte, avec une boule au ventre concernant Boys Noize. Vais-je à nouveau ne rien entendre ?
Et en arrivant c’est effectivement ce qui se passe, au deux tiers de la fosse, les conversations ambiantes couvrent la musique... Heureusement une pote plus téméraire, moins fourbu et las que moi me pousse à aller le plus devant et le plus au milieu possible, et là le concert prend une toute autre ampleur ! Enfin j’ai l’impression d’assister à un concert, pas de l’entendre depuis la file d’attente. C’est donc bien la scène qui est super mal étudiée. Ce n’était pas House of Pain... Mon aigreur n’en sera que plus grande lorsque des potes ayant alors déjà remarqué ce défaut incompréhensible de la Green Room et qui étaient donc aller devant pour "jumper" n’ont plus tari d’éloges à propos du concert qui m’avait paru inaudible de loin...
Enfin bref, passons, Boys Noize c’était très bon. Loin d’être exceptionnel pour autant, j’ai trouvé qu’il se reposait un peu sur ses lauriers, avec des moments où il semblait passer son cd et d’autres qui s’apparentaient à de la branlette et où on se faisait un peu chier. Mais bon quand même, et puis après cette journée, je n’ai pas le droit d’être exigeant. Enchaînant et mélangeant ces meilleurs morceaux, dont je retiens surtout E Down et Lava Lava, il finit par une très bonne et très attendue Oh. Savoureuse. Clairement l’un des meilleurs concerts de la journée, mais ce n’était pas difficile.

Je compte alors énormément sur ceux que je considère comme le meilleur groupe français d’électro depuis Daft Punk, et qui promettait de donner le meilleur concert de la journée : Birdy Nam Nam. Je compte sur eux donc, pour finir cette journée de merde en apothéose, pour effacer tous les mauvais souvenirs.
Et bien ils n’ont fait qu’entériner ma déception et mon envie irrésistible d’effacer cette journée de ma mémoire de festivalier.
Présentant un tout nouveau set, ils enchaînent les chansons inédites. On pourrait s’estimer chanceux, on ne l’est pas : en plus d’être molles et fades au possible, elles ont un coté « trance » inexplicable et totalement inadapté au groupe : quel intérêt d’être quatre virtuoses pour sortir un son pareil ?
Au comble du dépit, j’assiste quand même à l’intégralité du concert, essayant de bouger malgré tout, me disant qu’il faut apprécier ce qui peut l’être, même si dans ce cas c’était franchement difficile.
Ce n’est qu’après près d’une heure d’égarement qu’ils se décident enfin à lâcher une chanson connue : Abbesses. C’est déjà beaucoup mieux, et je m’égosille et bouge comme un damné, mais la chanson est elle aussi étrangement pervertie par ces errements déconcertants vers une musique qui empeste les années 90.
Ce n’est que les dix dernières minutes, où ils balancent ce qui est sans doute ma chanson préférée du groupe, Parachute Ending, que le concert ressemble à ce à quoi il aurait dû ressembler. Ça bouge enfin dans tous les sens, le public, jusqu’alors mou et sans doute déçu comme moi, se réveille, la poussière se lève, les lumières partent totalement en délire, le son est bien lourd... Un concert de Birdy Nam Nam quoi !
Après quoi le groupe se casse, quinze bonnes minutes avant l’horaire prévu, comme pour nous montrer qu’ils nous emmerdent si on a pas aimé leur set et pour que ma journée se termine sur une ultime déception, précisément au moment où tout allait enfin pourtant à la perfection.

Un petit quart d’heure pour Anna Calvi, 10 minutes pour Birdy... Je ne cite pas Boys Noize, qui était bon mais vraiment trop cheap, ni les QOTSA, malgré leur très bon concert, je ne suis toujours pas fan.
25 minutes vraiment exceptionnelles, c’est donc tout ce que j’ai eu en étant près de 8 heures sur le site. Quelle déception ! Quelle désillusion !
Je ne fais même pas la fête en rentrant au camping, mais passe cette fin de soirée glaciale autour du feu, comme une loque, épuisé par mon vendredi idyllique, assommé par mon samedi détestable.

Le réveil est donc particulièrement difficile le dimanche, j’ai à peine le temps d’émerger qu’il faut à nouveau partir pour le site.

J’arrive pour Moriarty, à la Green Room. Heureusement c’est encore assez vide, je peux aller devant. Mais même là le son aurait pu être meilleur, en particulier la voix, sublime, saisissante, mais qu’on entend trop faiblement. Il est IMPERATIF de changer l’installation sonore de cette scène, j’espère que ce sera fait l’an prochain. Ce problème mis à part, le concert était excellent, ils jouent Private Lilly quand j’arrive (she’s goin’ to war, she’s goin’ to war, she’s goin’ to war. ♫ ) et enchaînent avec leur « tube » Jimmy (won’t you please come home ♫ ), les deux seules chansons que je connais.
Du coup je suis immédiatement pris par le concert que j’apprécie beaucoup, avec ces musiciens aux influences si diverses et cette voix unique et si touchante.

Comme pour tous les concerts de cette journée qui s’annonce excellente, j’attends beaucoup de The Dø . J’appréciais déjà quelques chansons de A Mouthful, sans être particulièrement fan, mais Both Ways Open Jaws, leur nouveau bébé est un disque véritablement excellent, que j’avais hâte de voir défendu sur scène.
Je ne reconnais pas la première chanson et préfère donc me poser au fond de la Grande Scène, mais la seconde est sans doute celle que j’attendais le plus et me fait bondir pour danser : Slippery Slope résonne. Et très vite une interrogation se pose : elle ne chante pas affreusement faux Olivia Merilahti ? La réponse est trouvée tout aussi vite : si. Gâchant totalement la chanson, sa voix faiblarde, mal assurée et trop souvent fausse va même totalement ruiner le concert à mon goût. La déjà culte On my Shoulders suit, mais ne résiste pas non plus aux approximations de la chanteuse, et le son des instruments, qui était tout sauf clair, ne permet pas d’arranger suffisamment la situation. Déçu, je préfère partir. La Grande Scène était peut être un trop gros défi pour le groupe.

L’avantage c’est que je peux me placer assez bien pour Katerine, ce qui semblait une nécessité impérieuse puisqu’il passait à la déjà sinistrement célèbre Green Room. Ce grand cinglé, qui m’avait comblé pour sa première venue en 2007, alors qu’il défendait Robots après tout, et que je venais de voir et d’adorer, quelques mois plus tôt à Strasbourg, donnant vie à son dernier improbable mais si jouissivement drôle dernier album, ce grand cinglé dis-je, ne peut pas me décevoir.
Et il ne le fera pas ! Après une introduction que je ne connais pas du tout, il lance Des bisous, son hymne cajolesque où il invite la foule à s’embrasser. Suivent Bla Bla Bla, dont le titre compose la totalité des paroles (!), puis Liberté (mon cul ! Egalité : mon cul ! Fraternité : mon cul !). Le public semble totalement acquis et participe avec enthousiasme à ce délire irrésistible.
Aux premiers accords de la suivante, je brandis ma banane ! « Non mais laissez moi ! Non mais laissez moi ! Mangez ma banane ! » Ce refrain, qui fut à de nombreux égards l’hymne de nos Eurockéennes, qu’on chantait à tout va, au camping ou sur les rails, provoque l’hystérie du public où nombreux sont ceux qui ont eu la même idée que moi : à la place des traditionnelles mains en l’air, c’est le jaune des bananes qui occupe l’horizon ! Habitué par ce phénomène, Philippe (puisqu’il faut l’appeler ainsi maintenant), en joue et nous provoque : « alleeeez, touchez moi ! Touchez moi ! Balancez moi vos bananes ». En suit une pluie de fruit, dont un certain nombre atteignent la scène, l’autre le public. Tiens pour une fois je suis content de ne pas être tout devant, ça doit être assez douloureux ! Katerine s’en prend lui même quelques unes, moins cependant que lorsque du précédent concert que j’avais vu, il a du apprendre à esquiver ! La chanson passe trop rapidement, mais qu’est ce que c’était bon ! Suivent Téléphone, bof, et J’aime tes fesses, sympathique. Mais l’hystérie ne reprend vraiment qu’à la suivante : 100 % VIP, chanson d’ores et déjà culte et absolument imparable en concert. Parivélib calme un peu, même si je la trouve hilarante, et c’est reparti pour la suivante : « Putain Marine le Pen, non non, mais Marine le Pen, non mais, tu le crois pas, tu le crois pas, putain ! ». Le 20-04-2005 a quelque chose de très actuel, et je hurle avec vigueur les paroles, car effectivement, j’ai du mal à y croire. Prophète malheureux, le Philippe.
Morts-Vivants n’est pas terrible, et si la suivante, où l’on découvre syllabe par syllabe cette phrase ignoble « C’est... c’est a... C’est affreux... j’ai rêvé que je suçais Johnny » est drôle, ce n’est pas non plus sa meilleure, j’aurais préféré qu’il fasse une vieille chanson comme Poulet n°728120, qui m’avait surpris et comblé à Strasbourg. Juifs arabes et Musiques d’Ordinateur suivent, je ris, mais j’attends mieux. Je veux Moustache ! Mais c’est Excuse Moi (« j ’ai éjaculé dans tes cheveux ») qui retentit et ce n’est pas mal non plus, cette chanson de Robots après Tout est excellente.
Le vendéen cinglé quitte la scène deux minutes, et revient pour le seul rappel auquel j’ai assisté cette année, sans ces musiciens et danseurs. Il se place derrière la batterie et commence le riff de Louxor j’adore : clameur dans le public. Mais il s’arrête rapidement, est rejoint par toute sa troupe et balance Patati Patata, sur laquelle je danse avec plaisir. Et c’est tout de même l’incontournable Louxor qui clôt à la perfection ce très bon concert.

Je retourne (enfin !) à la Plage. Je ne l’avais pas vu de la veille (2 minutes pendant Kyuss) , et c’est le seul concert intéressant qui y passe cette journée. Quel gâchis, une si bonne scène, une si mauvaise programmation associée... Le concert en question, c’est celui du collectif américain Odd Future Wolf Gang Kill Them All, OFWGKTA, ou Odd Future pour faire plus court, qui l’assure. Ces jeunes gangsters, d’une moyenne d’âge de 20 ans, sont pour certains le renouveau du hip hop alternatif américain. J’ai été si agréablement surpris en découvrant le groupe que j’en ai écouté avant le concert, alors que le style de leur musique est aux antipodes de ce que j’écoute usuellement.
Autant dire que je m’attendais à du lourd. En arrivant, je suis déçu, désappointé. Pourquoi il n’y a qu’un DJ sur scène ? Où sont les MC ? Je suis rassuré en les entendant, mais ils n’apparaissent, pour une raison que je n’ai pas saisie, que plusieurs minutes plus tard sur scène. Durant les premières minutes donc, je suis un peu dubitatif, je m’attendais à quelque chose de bien plus lourd et crade que ça, lâchez vous ! On dirait qu’ils m’ont entendu car la seconde moitié du concert ressemble exactement à ce que je voulais : un son dense, qui semble comme t’attirer vers le sol, du flow de timbré, avec des lyrics qui semblent n’avoir comme seule règle l’obligation de répéter « bitch », « dick » et « mothafucker » toutes les 10 secondes : une ambiance générale assez violente mais pourtant carrément bon enfant. Vraiment sympathique, d’autant plus que c’est le seul groupe de musique urbaine que je verrai cette année, ça change et ça fait du bien. Étrange tout de même, qu’après Kanye West, Cypress Hill et Jay-Z les années précédentes on ait rien eu de cet acabit cette année. A force d’entendre des abrutis râler d’avoir des « eurapéennes » parce qu’un groupe sur dix était autre chose qu’un groupe de rock ?

Épuisé, je ne suis pas assez concentré pour apprécier pleinement AaRON, qui a pourtant fait un concert très sympathique, très varié, avec de bonnes basses et de jolies mélodies, une très belle voix, même si un brin lassante peut être. Malheureusement pour lui, c’est là que je réalise que LE concert de la journée, que dis-je, de l’année est le suivant à la Grande Scène, et je veux être le plus devant possible pour voir Régine Chassagne, Win Butler et toute leur bande au plus près.

Vous l’aurez compris (ou pas), c’est les tout grands, les immenses Arcade Fire qui vont bientôt commencer. Nombreux sont ceux qui ont eu la même idée que moi et la fosse est déjà bien remplie, mais je parviens à atteindre une distance à la scène plutôt acceptable. Le groupe de la décennie va bientôt débarquer, je trépigne d’impatience.
La scène, sublime, présente un écran géant situé en hauteur, où les mots « Soon... Arcade Fire » mettent l’eau à la bouche. Les clameurs montent déjà, les gens se mettent en place, très vite le groupe arrive. C’est par The Suburbs qu’ils commencent, très bon choix. Ils me semblent moins nombreux que la première fois que je les avais vu, sur cette même scène en 2007 : huit je crois, je ne sais plus, et peu importe, l’essentiel est là, et même bien plus.
Ils m’enchantent immédiatement, avec leur son si unique, universellement beau, empli d’émotions déchirantes et profondes, cette mélancolie presque morbide qui y côtoie pourtant la plus belle des espérances, cette voix particulière parmi toute et cet enthousiasme à faire de la musique si communicatif...
The Suburbs (continued) constitue une suite parfaite, puis c’est Month of May qui résonne, le public s’agite, chante à tue tête, je ne me fais personnellement bien plaisir. On découvre une nouvelle face de ce groupe qui en possède tellement : une énergie débordante et ô combien contagieuse.
A ce moment pourtant, et même si je l’adore, je redoute qu’ils nous fassent tout The Suburbs. Comme pour me répondre, et me combler au delà de mes espérances, c’est là qu’arrive ce moment de grâce, d’harmonie totale, sans doute les cinq plus belles minutes de cette année : la monumentale Rebellion (Lies). Quand résonnent les premières notes, je bondis, clame ma joie, je suis au comble de la satisfaction, et mieux, j’ai l’impression que c’est le cas des 25 000 personnes qui m’entourent. Jamais cette année le public ne sera aussi envouté, aussi sincèrement béat que durant ce concert en général, mais surtout durant cet hymne, ce morceau qui restera sans doute comme l’un des tout meilleurs des années 2000 : les Eurockéennes ne s’y trompent pas. Je me sens alors littéralement ne plus faire qu’un avec la foule, par cette musique divine je m’unis à elle, nous ne somme plus qu’une entité, qui chante, se meut, frissonne et tremble, vit par et pour la musique. Un moment de grâce vous dis-je.
Ému à la limite des larmes, je sacrifie ce qu’il me reste de gorge pour libérer toute mon admiration. Pas le temps de reprendre son souffle durement mit à l’épreuve, c’est l’excellente Keep The Car Running qui suit, trois nouvelles minutes exceptionnelles. Mais les suivantes sont peut être même encore meilleure puisque c’est Laïka, l’une de mes chansons préférées, que le groupe enchaine et gère à la perfection. Qu’est ce qui pourrait me combler encore plus ? No Cars Go pardi ! Le groupe est un créateur d’hymne, mais là c’est l’un de ses sommets : le public ne semble à nouveau ne plus faire qu’un, et cette individualité s’agite comme jamais, on saute dans tous les sens, les « Hey » convaincus s’élèvent... Un nouvel instant hors du temps et totalement inoubliable.
Comme pour nous calmer, Régine passe enfin au chant et laisse éclater toute son heureuse mélancolie sur une Haïti inouïe de beauté.
Intervention, Suburban War et Rococo sont autant de délices, mais Tunnels, grandiose, reste particulièrement gravé dans ma mémoire. Tout en appréciant We used to wait, puis en retrouvant avec plaisir Régine au chant avec Sprawl II, je me demande quelles chansons manquent encore à la setlist pour qu’elle soit parfaite : sans doute Power Out, Wake Up et Ready To Start.
Et c’est Power Out qui retentit, je jubile ! Le son est bien lourd, les basses explosent, les deux batteries en imposent plus que jamais, c’est le passage le plus dynamique d’un concert qui était pourtant loin de manquer de puissance. Ne me laissant pas le temps de souffler, ils suivent avec une Ready to Start au crescendo taillé pour les stades, dont la toute-puissance est telle une vague emportant la foule.
Je vous le donne dans le mille, un riff infaillible résonne, suivie des choeurs les plus réussies de ce groupe dont cette discipline semble pourtant une spécialité : « Waoo oooooo oooooo ooooo » (NB : je retranscris comme je peux) : le final sera Wake Up ! Le public n’est alors plus qu’une seule voix, reprenant cette ode magistrale tout au long de la chanson et même après, moi elle ne me quittera plus de la soirée. Une fin apothéotique pour un concert divin, maitrisé de bout en bout, véritablement incarné, non pas par le groupe seulement, mais par les spectateurs eux même. L’essence de la musique était sur scène ce soir. Merci.

Je suis obligé de reprendre mon souffle quelques minutes, un combat intérieur entre félicité et fébrilité s’étant engagé en moi. C’est le second qui l’emporte et qui me pousse à aller voir ce qui se passe sous la Loggia : les Français de Nasser y jouent. J’hésitais sans me décider entre eux et Crystal Castles, mais ces derniers jouent à la Green Room, et de plus la Loggia est plus près, le choix est fait. Et je ne le regrette pas une seconde. Un groupe d’électro ! Il n’y en avait pas des masses cette année, et ça fait vraiment du bien de bouger son popotin un maximum, ce que Nasser nous permet de faire au delà de mes espérances. Je ne pensais vraiment pas qu’ils « enverraient » autant, mais ils ne laissent pas une minute de répit à la foule, qui en demande pourtant encore. Ah si on m’avait dit que j’allais préférer Nasser à Birdy Nam Nam, je crois que j’aurais ris, et pourtant ces jeunes gens les surpassaient en tout point. Avec un sens du groove et du rythme imparable, ils ont été mon véritable concert de fin de cette année.

Et oui car que les Arctic Monkeys m’ont vite donné envie de quitter la Grande Scène. Certes j’étais immensément fatigué, certes je connais trop peu, mais je crois sincèrement que ce qu’ils ont fait était trop loin d’être exceptionnel. Alors que je m’attendais à quelque chose de frais et de pêchu, c’est un rock franchement mollasson et plutôt fade qu’ils nous servent. Je préfère partir pour faire un dernier tour à ma Plage adorée.

Et ça tombe bien parce que c’est là qu’officiaient les très doués Plasticiens Volants. Ce collectif avait la lourde tâche de clore cette édition, et je trouve qu’ils ont relevé le défi avec brio.
De loin déjà, on aperçoit une gigantesque baleine, très stylisée et aux motifs très originaux. Car c’est là la spécialité des Plasticiens Volants : d’immenses ballons d’hélium aux formes diverses et incroyablement réussies, sont attachés à des câbles, tenus par les performeurs, qui se déplacent au milieu des spectateurs. Le résultat est un sublime ballet aérien, où la baleine est bientôt rejoint par un poisson lune, et un troisième protagoniste, un poisson à l’air mauvais, reptilien, hyper convaincant. Un homard complète le groupe, alors qu’au sol, des hippocampes et des poulpes pullulent. Tout ce petit monde vit en harmonie, jouent avec une perle faisant office de balle, pour des échanges impressionnants de synchronisation. Mais une fumée blanche apparaît à gauche, et un magnifique et menaçant serpent de mer, à la mâchoire pleine de dents pointues et à l’air franchement hostile en émerge. C’est la guerre dans les fonds marins aériens ! Tous semblent fuir devant le danger, avant qu’une pieuvre immense, aux nombreuses tentacules, mais ne volant pas elle, apparaisse de l’endroit où le serpent fit son entrée. Comme pour défendre son garde-chasse, celui ci se précipite sur elle, mais la pieuvre le saisit, l’étouffe, et le ballon-serpent se dégonfle, mort. Panique sous l’océan ! Une nouvelle menace, plus terrible encore ! Prenant son courage à deux pinces, le homard engage le combat, et sous ses terribles tenailles, la pieuvre succombe. Joie et allégresse ! La paix est revenue, les habitants des profondeurs reprennent leur sublime ballet. Des feux d’artifices explosent pour saluer cette concorde retrouvée, et pour célébrer dignement la fin du festival.
Excellent spectacle pour terminer les Eurockéennes, j’ai adoré ! C’était plein de poésie, la musique et les éclairages aidant beaucoup à l’ambiance, mais c’est surtout la qualité impressionnante de ces quasi-sculptures et leurs mouvements plein de grâce et d’ingéniosité qui rendait le spectacle impressionnant. L’immersion était totale, puisque c’est littéralement au dessus de nos têtes que la magie opérait, au milieu de la foule que les artistes faisant danser leur création. Vraiment, chapeau !
Et puis les feux d’artifices pour finir, c’est une superbe idée et j’espère vivement que ça deviendra une tradition.

Voilà, il est déjà temps de quitter le site. Épuisé comme jamais je ne l’ai été, je prends à peine le temps de dire au revoir au site, de lui dire à l’an prochain, avant de reprendre une dernière fois le cultissime chemin du retour.
Me ferais-je vieux ? Ai-je vraiment trop abusé le vendredi ? Suis-je encore trop blasé par mon samedi ? Alors qu’il était pour moi impensable de ne pas finir les Eurockéennes par une nuit blanche de folie au camping, je peine même à rester autour du feu sans avoir envie d’aller dormir. Déçu par mon apathie, je ne parviens pas à la dompter, et j’en suis maintenant encore écœuré.
Je me fais la promesse de me rattraper l’an prochain, le camping va trembler !

Alors en définitive, que penser de cette cuvée 2011 ?
Mon bilan sera sans appel : c’est sans doute la moins bonne année auquelle j’ai participé. Ne nous méprenons pas, j’ai passé, comme toujours, trois jours de pure folie, de fous rires inoubliables, de sensations d’une intensité si grande qu’elles les rend à nulles autres pareilles. Mais moins, tout simplement. J’ai vu beaucoup moins de concert qu’à l’accoutumée, beaucoup moins fêté au camping (même si mon inextinguible fatigue y est pour beaucoup, la suppression du jeudi soir est également coupable) et surtout j’ai ’impression de n’avoir quasiment pas fait de découverte cette année.
Je vantais le caractère éminemment éclectique du festival, le définissant comme le lieu où étaient amenées à apparaître les futures grandes formations de demain, ou du moins des découvertes sympathiques, qui me semblaient légion auparavant. Je n’ai pas du tout retrouvé cette sensation durant cette édition.
Certes j’ai découvert Paul Kalkrenner, qui fut une claque immense, et à la limite Nasser qui m’ont si agréablement surpris. Mais la liste s’arrête là, alors qu’elles auraient été si longues si j’en avais fait les années précédentes Et surtout pas de petits groupes sympathiques, pas de petites découvertes au hasard des déambulations, il n’y avait tout simplement pas assez de noms. La nouvelle organisation du temps qui découlait de cette réduction n’a fait qu’aggraver la situation : à ne laisser le choix qu’entre deux groupes à chaque fois, j’ai vraiment eu l’impression d’une programmation presque dictée par les organisateurs, où l’idée même de simplement se balader de scène en scène, de bonnes surprises en bonnes surprises n’avait plus sa place. C’était pourtant pour moi l’un des points forts essentiels du festival, car la qualité était toujours en rendez vous. Ce qui n’était pas non plus le cas cette année, en preuve cet ignoble samedi après midi,
Pour finir sur les points négatifs, je ne critiquerai, je crois, jamais assez la Green Room et son installation sonore catastrophique. De même que la réduction inexplicable de la Loggia, indécemment minuscule. C’est dommage car l’idée de rénover un peu le site partait d’une bonne intention, et la Green Room en soit était assez jolie.
Pour redorer un peu l’image des eurockéennes, il convient de rappeler que la Plage, au contraire, fut une réussite totale, tant au point de vu technique, avec un très bon son et des jeux de lumières fantastiques, qu’esthétique, jamais scène ne fut plus belle qu’elle la nuit.
La tentative d’ajouter des spectacles de rues était louable, et, si cela ne remet pas en cause le retour des 80 groupes l’an prochain, mérite d’être poussée plus loin. Il fallait avoir de la chance pour tomber sur les performeurs, je n’en ai quasiment pas vu, alors même que j’ai passé tout mon samedi à me promener sur le site. Plus de visibilité ne me semblerait donc pas une mauvaise idée.

Déçu donc ? Oui sans doute. 3 jours qui restaient exceptionnels, mais qui l’étaient simplement moins qu’auparavant.
Après avoir été habitué au meilleur, il est logique d’être déçu par une légère baisse de régime. Mais il est surtout logique de garder la foi pour la suite. Vivement l’an prochain.

jeudi 17 mars 2016, par Loïc Hamidi
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