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Eurockéennes 2010

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jeudi 17 mars 2016, par Loïc Hamidi
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L’édition 2010 des eurockéennes de Belfort, ma sixième édition de suite, est déjà finie... Bilan !

Encore plus que toutes les autres années et que ce soit dans mon entourage ou sur internet, je n’avais encore jamais vu autant de déçus lorsque la programmation est tombée. Où étaient les têtes d’affiches ? Où était passé le budget de ce festival qui se payait Daft Punk, Depeche Mode, les Strokes, Deftones, Muse ou encore les Arctic Monkeys en 2006 ? Le public a réagit en conséquence : le festival, complet depuis 4 ans, ne l’était pas cette année.
Au final c’est tant mieux, j’ai pu profiter comme jamais des concerts, circuler relativement vite et surtout avancer au plus près des scènes sans trop d’effort, au milieu de 80 000 festivaliers « seulement ». Mais 80 000 veinards ayant su regarder au delà des gros noms pour y découvrir une foule de moyennes et petites formations simplement exceptionnelle.
Oui, je peux maintenant l’affirmer, cette cuvée 2010 n’a pas à rougir face à ses illustres prédécesseurs, elle en garantie la continuité, avec toujours ce savant mélange des genres, un éclectisme tel qu’il en parait presque effarant, un niveau général des groupes sans pareil, des découvertes qui seront invariablement les groupes de demain côtoyant quelques vieilles légendes et divers artistes plus en vogue. Le charme du tout est encore augmenté par celui, remarquable, du site. La presque ile du Malsaucy, sorte de paradis perdu, repeuplée par le meilleur type d’Homme, le Festivalier, se transforme pour 3 jours en véritable Éden. Et c’est beau.

Comme toujours je suis allé au camping dès le jeudi soir, et comme c’est le cas depuis 2008, un concert y est organisé. Je jette ma tente 2 secondes, roule un joint tout en me préparant un whisky coke, l’allume et bois ma première gorgée avant de hurler mon premier « APÉÉÉÉROOOO » : ça y est je suis aux eurockéennes ! Je suis totalement dans l’ambiance quand le concert commence, celui de Gaslamp Killer que j’appelais le « cinglé » avant de connaître son nom. Un bon concert de Dub step pour commencer, c’était parfait, même si le surnom n’est pas volé, ce type était fou et sa musique en pâtissait parfois, avec, j’ai trouvé, des moments où il trippait tellement qu’on ne comprenait plus trop comment danser. N’empêche que c’était plutôt sympa et que ça a encore amplifié ma motivation. Je me couche bien après que le soleil se soit levé, et celui ci se venge en me réveillant une poignée d’heure plus tard, mais, comme nous l’enseigne Sade, « tout est bon quand il est excessif ». Après tout, pourquoi perdre du temps à dormir alors qu’on attend ça toute l’année et que ça ne dure que 3 jours ?

Anéanti, par la veille mais surtout par la chaleur, je loque un peu mais me motive tôt : je veux voir le site ! Après une demi-heure des habituels et indispensables rails et de cailloux, j’y arrive enfin, quel bonheur !

N’ayant rien qui me tente énormément sur le moment, je commence par un petit tour du site, ce fameux Éden. En passant près du chapiteau, j’entends la fin de Suicidal Tendencies, qui ne me tente pas vraiment, et en approchant de la grande scène j’entends « dis moi, si j’dois partir ou pas ». Ma réponse étant toute trouvée, je pars pour la meilleure scène du monde, j’ai nommé la plage.
J’adore commencer mes eurockéennes là bas, à fouler le sable, sous un soleil (trop) radieux qui se reflète sur le lac. Cette année mon premier concert était donc Two Door Cinema Club, du pop rock plus pop que rock, des petits jeunes anglais sympathiques mais sans plus, sans grande originalité.

Je les quitte donc sans regret et me dirige vers le chapiteau pour voir une création eurockéennes : Sophie Hunger, Piers Faccini et Patrick Watson chantent et jouent accompagné d’un orchestre. Je m’attendais à du très joli et du très mou et c’est exactement ce que j’ai eu. L’orchestre aurait mérité d’être plus diversifié, les violons plus souvent sollicités, mais le tout ne pouvait tout de même pas laisser indifférent. Typiquement le genre de concert que j’aime faire allongé, un pet en bouche, à me laisser vibrer par la musique, et le meilleur du genre cette année.

Sur la route de la grande scène, je ne peux m’empêcher de sourire en pensant que je vais voir Jack White. J’aurais évidement préféré y aller pour les White Stripes, mais ce sont les Dead Weather qui montent sur scène, et Jack est à la batterie et non à la guitare. Un gâchis si vous voulez mon avis...
Je trouve le début un peu long, malgré l’ambiance lourde et un peu sale très efficace, ils ne font que des chansons du premier album, que je ne connais quasiment pas. Je passe le temps en observant la scène, en particulier Jack qui a un look génial, à mi chemin entre Mickael Jackson et Johnny Deep. Et entendre cette voix en concert, ça fait quand même quelque chose.
La seconde partie est bien meilleure, ils enchainent leurs meilleures chansons de Sea of Cowards : I’m Mad, Die by the Drop, Blue Blood Blues ou encore Hussle and Cuss. On atteint alors une intensité qui ne sera jamais retrouvée, et c’est bien dommage. En résumé bon concert, mais qui était loin d’être exceptionnel, un peu à l’image du groupe à vrai dire.

De l’exceptionnel, j’en ai eu juste après. Les Black Keys sont au chapiteau, et dire que leur concert était génial relève de l’euphémisme. Ce groupe est juste le plus doué que je n’ai jamais vu dans le mélange entre rock et blues, le dosage de chacun y était parfait et le tout mériterait un nom pour lui tout seul.
Je suis étonné de voir quatre musiciens sur scène. Les deux habituels sont rejoints par un clavier et un bassiste. Au final le second rajoute plus de rythme, ce n’est pas plus mal, même si le batteur, Patrick Carney, aurait certainement suffit tant il est doué. Mais alors que dire du guitariste/chanteur Dan Auerbac ? Il m’a clairement fait digérer le fait d’avoir vu Jack White à la batterie. Un style de jeu si original et efficace, des solos vraiment très bons et un feeling ahurissant... Quel pied ! Une heure bien trop courte mais ô combien intense ! C’était délicieusement beau et festif et dansant à la fois.
En sortant, je sais déjà que je viens de voir le meilleur concert de la journée, et je ne me trompe pas.
Le seul défaut que je puisse trouver ne vient pas du groupe mais de ma méconnaissance de la discographie. Je ne connais bien qu’ Attack & Release et ils ont surtout joué de leur dernier album, même si j’ai eu le droit à une sublime I Got Mine comme final, où ils n’étaient alors plus que deux. J’aurais aimé connaître toutes les chansons, mais ce sera assurément le cas la prochaine fois, si elle est possible.

Débordant d’enthousiasme, je retourne à la grande scène pour voir Kasabian. Je n’ai pas particulièrement accroché à ce que j’en avais entendu mais je m’étais dis que ça devait bien passer en concert. Et c’était plus que le cas : le groupe est énergique au plus haut point et communique sa frénésie aux spectateurs avec une facilité déconcertante. Ça bouge bien, le son est excellent, la batterie fièvreuse. Non vraiment très bon concert, qui oserait encore dire qu’il n’y a pas de rock aux eurocks ?

Décidément, j’ai l’impression de refaire le même chemin après chaque concert, je quitte la grande scène pour le chapiteau, pour un show que j’attendais autant que je le craignais : celui de Charlotte Gainsbourg.
IRM, son dernier album, est un petit monument pop rock , rempli de divines réminiscences et de tubes à la pelle que j’ai écouté en boucle ces dernières semaines. J’avais donc vraiment hâte de voir si elle s’en sortirait sur scène, et la réponse est sans appel : NON.
C’était franchement une blague, on en était au point où il fallait regarder si elle ouvrait la bouche pour savoir si elle était en train de chanter, et je n’exagère pas. Sa voix, totalement couverte par les instruments, qui eux même n’avaient pas un son particulièrement bon, était inaudible au plus haut point. Espérance folle, je me suis d’abord dis que la situation pouvait s’améliorer, que le gens responsables du son allaient augmenter celui du micro de Charlotte, mais il faut croire que c’était délibéré. Je me suis forcé à rester une petite heure, ayant tout de même envie de voir les chansons que j’aimais le plus, mais le son restait le même et les gâchait invariablement. Au final le public n’a entendu sa voix que lors de ses interventions orales, dont une où elle demandait aux musiciens de recommencer, car elle avait « oublié les paroles »...
Je me rends finalement à l’évidence, et quitte le chapiteau avec le sentiment d’un immense gâchis et d’une perte de temps. Je finirai sur un petit conseil pour Charlotte : arrête la scène, continue de faire des disques. (Et des films)

Je retourne à la grande scène (encore !) pour, c’est ce que je crois alors, voir le début de Jay-Z. J’y suis resté tout le long. C’était vraiment énorme, un gros show avec un son surpuissant. Des « remixs » géniaux (Dream On, Smack My Bitch Up, entre autres) à ses propres chansons, il a enflamé le public. Ce que je retiens particulièrement ce sont les écrans du fond de scène, d’une qualité d’affichage inouïe, des couleurs fabuleuses, des noirs et blancs sublimes donnant une impression de profondeur incroyable... Durant la chanson Empire State of Mind, le décor est formé par des gratte-ciel qui bouge de part en autre de la scène, et une chanteuse à la voix divine le rejoint pour remplacer admirablement Alicia Keys.
Non vraiment, ceux qui osent encore critiquer la présence de Jay-Z aux sacrosaintes euROCKéennes sont ceux qui ne sont pas allé le voir, et ceux là même se punissent sans le savoir par leur sectarisme.

Alors que j’avais très envie de les voir et que tout ceux qui ont vraiment suivi le concert m’ont dit que c’était génial, en les entendant quelques minutes les Infectious Groove ne me donne pas du tout envie d’approcher. Il fallait peut être le faire pour apprécier à sa juste valeur ou je n’étais pas d’humeur, je ne sais pas.

Je vais donc voir un bout de Hot Chip, et je suis en pleine montée, mais tout seul, mes potes n’adhérant pas du tout.

Allons donc essayer Schlachthofbronx. Même dans mon état, la différence est saisissante, ÇA c’est de la bombe, de l’« électro tropical » utilisant des sonorités incroyablement festives. Exactement ce qu’il me fallait. Dansant à en mourir de fatigue, le public du Club Deville n’est pas nombreux mais c’est le plus motivé que j’ai vu pour l’instant, et les deux grands geeks aux platines ne nous donnent pas une seconde de répit, on a l’impression d’être dans une continuelle explosion de gros son et de lumière, de rythmes saccadés et de hurlements de contentement et de ferveur. J’y perds sans doute un nouveau litre de sueur, mais que c’était bon ! Le seul avantage de Vitalic c’est qu’il était à la grande scène, je n’ose imaginer un groupe comme ça avec ce son, ce serait orgasmique.

Ayant envie de continuer dans l’electro, je tente The Subs à la plage, mais la différence de niveau est juste trop importante, et tout en suivant à moitié le concert, je repense avec nostalgie au Club Deville qui est maintenant vide... Autant essayer Missy Elliott à la grande scène.

Quand j’arrive, du gros son passe, mais la scène est toute noire... Il est pourtant bien plus de 2h00, a t-elle annulée ? J’apprends vite qu’elle se fait simplement attendre. Après plus d’une demi-heure de retard, ce que je n’ai jamais vu en festival, elle finit par débarquer, sorte de grosse boule à la peau toute tirée et bien trop maquillée, voilà pour le sex symbol.
Les dix premières minutes sont pas mal, elle fait un passage de One minute man, la seule chanson que je connaisse un peu. Et ce sera la seule chose bien à retenir, avec les danseurs peut être.
Le reste était le pire ratage que je n’ai jamais vu, ni que je verrais, je crois, de ma vie. D’un coté je ne regrette même pas qu’elle aie été programmée, l’ampleur du désastre a finalement rendu la chose comique et mémorable !
Jugez du peu : Le public, déjà énervé d’avoir attendu plus d’une demi-heure, n’est pas très chaud. Missy décide de le motiver, à sa façon, c’est à dire qu’elle répète sans arrêt et pendant 10 minutes les mêmes phrases clichés et idiotes du genre « so you really wanna make party ??? yeah you’re my biaatch », frime avec son atroce et immense micro jaune or à paillette, enlève sa chaussure pour la dédicacer... Quand elle se décide enfin à la fermer et nous mettre de la musique, elle chante en playback... Ça dure 3 minutes, et c’est reparti pour 10 autres de bavardages intempestifs inutiles et lassant. Je commence à craquer et lance une vague de « TA GUEULE !!! », les huées montent, mais elle continue de parler ! Elle quitte ensuite de la scène pendant dix bonnes minute, pour se changer, laissant un collègue chanter (pour de vrai, lui), mais ça ne calme pas la foule.
Le mécontentement va même crescendo et à un moment j’entends une voix dire « s’il vous plait, ne jetez pas de bouteille en verre sur la scène, sinon Missy va partir » (quelle tragédie cela aurait été !). Je regrette de ne pas avoir vu ça. Je suis totalement contre ce genre de pratique, mais là elle la méritait en pleine tronche la bouteille. C’est également la première fois que je vois ce genre de violence de la part du public des eurockéennes, qui n’avait sans doute jamais autant été prit pour un con.
Je n’ose imaginer le cachet qu’elle a demandé pour venir une heure sur scène, chanter en playback 15 minutes et nous les casser les 3 quarts d’heure restant...
Elle nous a au moins permis de trouver une bonne chanson pour le retour sur les rails : Missy Elliott aux chiottes ! Missy Elliott aux chiottes ! Missy Elliott ! Missy Elliott ! Missy Elliott aux chiottes !

Après avoir continué la fête au camping et dormi les 3 heures nécessaire pour rester un brin lucide, je passe une après midi glande bien méritée, mais rate Oy et Broken Social Scene. Tant pis au moins je suis à l’heure pour Émilie Simon, dont je ne voulais pas rater une miette.
Et pour cause c’est sans doute ce que j’ai le plus écouté avec Tool cette année, une découverte que je suis ravi d’avoir eu, car cette « dame de lotus » fait de très bons albums, soignés aux petits oignons et d’une très grande richesse, même si j’ai moins aimé son dernier bébé, The Big Machine.
Accompagnée d’un batteur et d’un bassiste, elle même est au clavier et titille régulièrement son fameux bras bionique, dont j’ignore toujours l’utilité. Mais c’est surtout sa voix qui impressionne, et la maitrise qu’elle en a, qui est tout simplement bluffante, en particulier dans les aiguës.. Ah elle est loin Charlotte Gainsbourg ! Le concert se déroule sans encombre, alors qu’elle nous noie de chanson de son dernier album. Invariablement, j’attends à chaque fin de morceau que le suivant n’en soit pas extrait, invariablement je suis déçu. Bien sûr elle nous jette en pâture une très jolie Opium, très bonne sur scène, même si on trouve bien mieux sur Vegetal, son chef d’oeuvre, puis propose une version originale de Fleur de Saison, à la guitare acoustique. Le changement est sympathique, même si les rythmes incroyables de la chansons passent alors à la trappe... Ce qui ne m’aurait pas dérangé si elle nous en avait offert d’autre avec, je ne sais pas Song of the Storm ? Dame de Lotus ? Swimming ? Sweet Blossom ? Rose Hybride de Thé ? La liste aurait été longue, mais non ! La promo avant tout.
Les deux chansons susmentionnés sont les seules qu’elle fera de Végétal, aucune de son premier album, aucune de La Marche de l’Empereur...
Quand on fait 4 albums, est-ce vraiment faire plaisir aux fans de jouer 10 chansons sur 12 de son dernier en date ? De tête la seule qu’elle n’est pas faite, je crois, c’était Fool Like Us, la seule où elle chante encore en français d’ailleurs... Imaginez Bowie ne jouant que ses chansons des années 2000 en concert, Metallica qui ne fait que St Anger...
Heureusement, même si ce n’est pas mon préféré, je connaissais quand même très bien l’album et j’ai donc pu chanter à tue tête tout le long du concert et l’apprécier le plus possible, malgré la frustration croissante et continue.

A la fois ravi et dépité (un sentiment très étrange !) je me dirige vers la grande scène pour voir Airbourne. Ce groupe de hard rock semblant avoir pour but d’être la copie la plus conforme possible d’ AC/DC était très attendu par les amateurs. Leur mission est plus que remplie.
D’abord posé, j’apprécie moyennement. Comme pour me convaincre d’approcher, c’est à ce moment là que le chanteur, totalement barré, décide d’escalader la structure encadrant la scène, sa guitare toujours à la main. Et c’est de là haut, triomphant, qu’il finit sa chanson ! Plutôt impressionnant.
Il assure le reste du show en ayant la riche idée de se briser des bouteilles de verres sur la tête...
Gros spectacle donc, la musique est très bonne dans son genre, les musiciens assurent, même si encore une fois, on se dit par moment qu’ils pourraient aussi bien directement jouer des chansons d’AC/DC, tant l’originalité des compositions frôle le zéro.
Bref, même si ce n’est pas du tout mon style de musique, il était difficile de rester insensible aux facéties du groupe, et surtout du chanteur, ainsi qu’à l’ambiance générale plus qu’électrique.

Après un petit tour à Elekritks Gonner, passable mais sans plus, je retourne au chapiteau pour General Elektriks. Un peu fatigué, je passe la moitié du concert de coté, écoutant à moitié...
Quand je finis enfin devant la scène, il semble comme me remercier en jouant David Lynch Moment, que j’aime beaucoup. Il ne m’en faut pas plus pour rentrer dans le concert, que j’apprécie le plus intensément possible pour me rattraper. Pourquoi ne me suis-je pas levé plus tôt ? Groovy à souhait, sa musique provoque l’enthousiasme sincère du public, qui hurle de satisfaction à chaque fin de morceau. Je suis surtout très impressionné par sa maitrise du clavier, il fallait le voir, le tapoter à une vitesse effroyable, sans jamais se perdre... Vraiment dommage d’avoir "raté" le début, la fin était géniale !

Et maintenant ? Que voir ? Je fais plusieurs aller retour entre la plage, avec Hindi Zahra et El Tambura, de la musique orientale accompagnée d’une très belle voix, mais le tout ne correspondant pas du tout à mon envie du moment, et la grande scène, avec The Specials. Le concert de ces derniers s’est plus apparenté à un supplice, à mon goût, qu’autre chose... Est-il permit de jouer avec pareille mollesse ? J’ai trouvé ça atroce, pas dansant pour un sou, voire même stressant sur le coup, alors que je ressentais un besoin impérieux de grosses basses.

La solution est toute trouvée, Sexy Sushi va débarquer à la Loggia, que je n’ai pas encore vu cette année. C’était exactement ce qu’il me fallait, et bien plus.
La chanteuse, totalement ravagée et déchainée, est définitivement l’un des personnages majeurs de ces eurockéennes à mon goût. Sur de la musique électro plus que rudimentaire, mais assurant à la perfection son rôle, c’est à dire nous faire bouger tout en sensualité, elle braille des paroles à mourir de rire, d’un politiquement incorrect irrésistible, passant son temps à nous vilipender, voire nous insulter carrément. Une chanson appelée Enfant de putain, une autre où elle nous lance « à mort l’écologie ! À mort les produits bio ! ». Ça change des « you’re amazing, love you », et étrangement ça fait du bien.
Lors d’une chanson, deux jeunes hommes foutus à la perfection se caresse alors qu’elle nous hurle « laisse moi t’embrasser petit pd, moi aussi je peux te sucer ! ». Je l’entends ensuite dire « viens là mon petit porc, allez viens mon cochon » et j’ai la surprise de voir un gars avec un masque de cochon monter sur scène (Mika le laissera également le rejoindre le lendemain), bientôt suivi par une fille complètement déchainée et seins nus ! Les deux nous font alors une magnifique et impensable chorégraphie.
Peu après, et toujours aussi déchainée, elle se lance dans le public, et au terme d’un slam impressionnant, peut être le plus long que j’ai vu, au cours duquel elle se fait allégrement caresser, et même déchirer son haut sans en paraître le moins du monde génée, elle demande aux gens de l’amener au milieu de la scène, où se trouve la régie. Elle l’escalade (décidément ! ), et continue de chanter là haut, les seins à l’air, sortant des nombreux trous de son haut totalement en lambeaux ! Hallucinant ! Réempruntant son moyen de locomotion pour le moins original, elle demande au public de la ramener sur scène, « et magnez vous, fils de pute ! » pour un final génial où l’on apprend en particulier qu’à bien y regarder, elle aime la position de Rachida (comprenez Dati) son « petit chat » !
Je n’ai absolument aucun regret d’avoir raté The XX pour la voir, quelle frénésie ! Un spectacle total, une ambiance chaude et hilarante, un personnage à part, héritière d’Iggy Pop ou de Patti Smith, elle va encore plus loin dans l’excès, et on en demande encore et encore !

J’en ressors totalement abasourdi et me demandant qui pourra me faire vibrer autant. J’en avais presque oublié que The Hives allait bientôt débarquer à la grande scène... Alors que la pluie se mêle de la partie, glacée et abondante (elle ne me gène pourtant pas le moins du monde après cette chaleur), les Suédois investissent Belfort. Lors des premières chansons le public, refroidi par l’eau peut être, n’est pas très chaud et assez peu nombreux. Cela m’inquiète, car pour l’instant je ne suis pas vraiment fier de l’accueil accordé aux différents groupes, et je sais qu’un jeu entre les spectateurs et le formidable chanteur est indispensable pour que le show soit total.
C’était sans compter sur le charme irrésistible et foudroyant de Pelle Almqvis, ce show man de génie, qui, à force de détermination, va enflammer les spectateurs comme personne ne le fera à ce point. D’un auditoire glacé par la pluie (auquel, Alex DeLarge incarné, il lancera un "I’m singing in the rain"), et déjà sans doute fatigué de ces 2 jours il va rapidement nous transformer en foule en délire, en une nuée bouillante, en un essaim hystérique. Et cela grâce à deux moyens simples mais infaillibles : un rock aussi énerve qu’efficace, à faire sauter sur place les culs-de-jatte et une présence scénique extraordinaire, je dois remonter à Beth Dido en 2008 ou Iggy Pop en 2005 pour trouver des équivalents... Quelle énergie ! Quelle drôlerie dans ses interventions ! Quelle délicieuse crânerie ! Mais surtout quelle facilité à nous faire partager son enthousiasme sans borne ! On ne peut simplement pas lui résister.
C’est là, sous cette pluie battante et perdant ce qu’il me restait de voix à hurler ma joie et mon contentement que j’ai pris toute l’ampleur de ce que signifiait les eurockéennes, épopée dionysiaque, bacchanales modernes, camaraderie délirante, coït musical collectif ! Enfin j’avais l’impression de faire partie de ce Tout, de cette Confrérie utopique, de cette Nation éphémère mais ô combien soudée par son aspiration festive.

J’en ressors trempé de pluie et de sueur, la voix détruite, mais le sourire aux lèvres. Et maintenant, après deux concerts majeurs comme ceux ci, que voir ? Je fais un blocage complet sur Ghinzu, et que ce soit en 2005 ou le début du concert de l’an dernier, je n’ai jamais apprécié en concert, je n’essaye donc même pas cette année. A force de flânerie je débarque finalement à la Loggia pour le concert d’Affrodiz, du "afrobeat funk", avec de bons cuivres, mais sans plus. Un moyen sympathique de faire passer le temps dira t-on.

Passer le temps avant le dernier concert, que je pensais alors faire à la plage avec We are enfant terrible. Mais c’était sans compter sur Vitalic... Je voulais en voir un bout, de ce DJ que j’avais adoré en 2007 mais détesté l’an dernier, et dont j’avais entendu qu’il était toujours dans une mauvaise passe. On m’avait trompé. Et j’y suis resté tout le long. C’était de loin le meilleur concert electro de l’année, bien au dessus que ce que j’avais déjà vu de mieux de sa part, tel le phénix, Vitalic renait de ses cendres, plus fort que jamais.
Une heure de continuelle explosion, sans aucun répit, toujours au top niveau, avec une scène noyés par de magnifiques jeux de lumière, voilà comment on peut résumer le concert, où le grand chauve nous inonde de remixs incroyablement efficaces, de Justice à Digitalism en passant par le meilleur remix de Daft Punk que j’ai vu depuis... Daft Punk themselves ! La pluie s’est enfin arrêtée, ça ne m’empêche pas de finir le concert trempé, mais ravi, exténué mais comblé, courbaturé mais béat.
Chapeau bas l’artiste, et continue dans cette voie.

Grâce à la fraicheur apportée par la pluie, je réalise l’exploit de dormir presque 5 heures et c’est donc frais comme un gardon, ou presque, que je repars pour le site.
Julian Casablancas va bientôt débarquer sur la grande scène et je l’attends de pied ferme. Son album, Phraze for the Youngs est assez sympa, très "fresh" et je veux voir ce qu’il en fait sur scène, avec l’espoir d’entendre au moins une chanson des Strokes, si déjà je n’en vois que le chanteur cet été...
Il finit par arriver et c’est une première déception... Où est passé le beau gosse que j’avais vu en 2006 ? Enfoui quelque part sous cette atroce tenue, ringarde au possible ? Comme pour s’excuser il me comble de bonheur en lançant cash une chanson des Strokes, Hard to Explain. Comme début on aurait pas pu rêver mieux, quel bonheur d’entendre ça en concert, avec cette voix si particulière que j’aime tant. Un peu éraillée peut être, la voix, mais il était, parait-il, un peu malade. Il enchaîne, si mes souvenirs sont exacts, avec Rivers of Brakelights, l’une des meilleures chansons de son album. C’est là, après l’hystérie "strokienne", que je me rends compte que le son est vraiment mauvais, en particulier les guitares dont le son ressort très mal. Heureusement c’est allé en s’améliorant, et le problème n’est plus que mineur lors de la seconde partie du concert, où il lance, entres autres, la géniale 11th dimension sur laquelle je m’égosille autant que je le peux encore, Out of the Blue, dont les "ohohoh" me poursuivront toute la journée et surtout Automatic Stop, une nouvelle chanson des Strokes, un nouveau moment de bravoure.
En bilan je dirais que c’était un concert tout de même assez moyen, avec quelques chansons un brin molles et un son loin d’être parfait, un Julian en demi teinte, qui n’a su que par moment être à la hauteur de lui même. Mais en bon fanboy assumé, j’ai personnellement beaucoup aimé, et je lui pardonne tout ses petits égarements puisqu’il m’a fait entendre du Strokes en concert !

Je bouge ensuite à la Loggia pour voir Beast, groupe canadien à mi chemin entre rock et trip-hop, le coté nerveux du premier associé au caractère planant du second. L’alchimie était parfaite et le concert véritablement excellent.

Après un petit détour au chapiteau pour la fin de LCD Soundsystem, que je n’ai absolument pas suivi, je bouge à la grande scène pour voir, tout de même, un bout de Mika, et y retourne après avoir été déçu par Health à la Loggia.
Mika donc, c’était assez sympa, je l’ai suivi de loin, sans même regarder vraiment la scène, qui était pourtant très jolie. C’était festif, il a une très belle voix en concert, et on connait tous au moins quelques chansons, donc c’est plutôt bien passé, mais je n’en retiens pas grand chose.

J’aurais également du mal (décidément, mes souvenirs sont très flous entre Julian Casablancas et Massive Attack) de vous parlez avec précision d’Empire of the Sun, tout ce dont je me souviens c’est d’une très bonne impression, d’un concert oscillant entre le bougeant et le (bien) planant.

Bref de toute façon, laissons là ces banalités, ces groupes si "terrestres", dont le souvenir a aussi peut être tout simplement été égratigné par le déferlement du dernier concert, tsunami provoqué par un groupe qui, lui, mérite l’adjectif "céleste". J’ai nommé les touts grands, les immenses, les monumentaux Massive Attack. Disons le clairement et directement, c’était mon meilleur concert depuis le concert de ...Massive Attack en 2008, et celui ci je l’ai encore plus aimé.
Tout le long du concert, tout en ressentant comme jamais les moindres sonorités, vibrant sous les coups de basses si subtils et comme m’élevant par ces mélodies divines, je m’exclame intérieurement "mais quelle perfection ! quelle intensité !". J’ai eu l’impression de laisser mon esprit, mon âme et mon corps a des ensorceleurs musicaux durant une féérique heure et demie où ils ont pleinement touchés les trois, me laissant dans la félicité la plus complète, la plus délectable. Les mots seuls ne peuvent en rendre compte, ce sentiment il faut le vivre, l’aider à démarrer puis le laisser te guider. L’expérience vaut le détour.
J’ai eu la riche idée de m’imprégner au mieux de leur nouvel album avant le concert, ils en ont fait un bon nombre. Sur les gigantesques Babel et Psyche, Martina Topley Bird m’a envouté. Horace Andy était immense sur Girl I Love You et Splitting The Atom, mais Atlas Air était peut être encore meilleure, en savoureux final.
Mais alors que dire de Angel ? C’était un court instantané de la vision que je me fais de l’ataraxie, un moment hors du temps que seul, peut être, Future Proof, la seule chanson issue de 100th Window, a pu approcher en intensité. Teardrop aurait presque paru fade à coté. Mezzanine était également bien représenté par Risingson, Inertia Creeps (divine !) et la chanson titre, la crème de la crème aurais-je envie de dire. Aie-je besoin de préciser que chacune d’entres elles étaient parfaites ?
N’en jetons plus, remercions seulement Massive Attack d’exister et de faire des concerts. Amen.

Il est 1h30. C’est la fin. Malgré l’habitude, dire au revoir au site est comme tous les ans un nouveau déchirement, et c’est plein de nostalgie, déjà, que je fais un dernier tour de ces différents endroits, témoins de tant de moments de pur bonheur, de sensations exceptionnelles, de concerts inoubliables... Ce n’est qu’en me promettant de les revoir l’an prochain et avec l’idée de finir la nuit en apothéose au camping que je parviens à finalement les quitter, pour un dernier périple sur la route du retour.

Au terme d’une nuit blanche incroyable, ponctués de rencontres inoubliables, en particulier MONSIEUR cochon (celui de Sexy Sushi), auquel il était impensable que je ne fasse pas référence tant ce type était magistralement drôle et fédérateur, de percussions improbables (sur des urinoirs ! le son rendait étonnamment bien ! ) et de délires juste... délirants, arrive le douloureux mais immanquable retour à la réalité.
La mort dans l’âme, mais si fatigué que j’ai l’impression heureuse d’avoir tout donner, je donne rendez vous aux eurockéennes à l’année prochaine.

jeudi 17 mars 2016, par Loïc Hamidi
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