Adonis, Sapho, Mohammed El Amraoui, Patricia Esteban, … hommes et femmes de plume venus de France, du Maroc, de l’Italie, d’Espagne, de Grèce, d’Irak ou des Balkans, … un palmarès impressionnant entièrement dévoué à la poésie ! Suave, intense, crue parfois, rêveuse souvent, percutante ou sucrée, jamais ennuyeuse. Oubliés, les manuels scolaires et leur jargon indigeste. Rythmique, prosodie, figures de style, césures, hémistiches, rejets et contre-rejets, accentuation, e muets : « L’alexandrin, vers noble par excellence ! » assène le professeur devant ses élèves abrutis ? C’est oublier qu’avant d’être noble, l’alexandrin est vivant. Et toute la poésie avec.

Merci donc au festival de Sète qui restaure cette vérité première avec autant d’originalité que d’à-propos. Merci également à Maïthé Vallès-Bled, fondatrice du festival de Lodève qu’elle a quitté à cause des coupes budgétaires qui menaçaient l’évènement. Elément moteur du projet sétois, c’est elle qui insuffle l’énergie de cette course contre la montre digne des concours de l’Antiquité. Ici cependant point d’autres gagnants que les auteurs … et le public. Lectures, interprétations, forums, expositions, … les performances s’enchaînent aux quatre coins de la ville de 10 h à 1 h sans interruption, qui mêlent verbe, voix, musique, arts visuels et architecture. Jean-Louis Trintignant récite Desnos, Vian et Prévert, Julia Migenes rend hommage au tango, des conteurs charment l’oreille et l’esprit, des inconnus dévoilent leurs compositions … avec pour seul précepte la convivialité.

Lors des échanges, des ateliers d’écriture, des discussions, des débats, pendant les mises en voix nautiques, les lectures « Petit déjeuner » ou « Apéritif » où l’on déguste le texte dans son transat comme un tapas délicieux : plaisirs du goût, de l’oreille et de l’esprit pour des correspondances à la mode baudelairienne. Rien n’y manque, pas même la rumeur des vagues. Le festival de Sète offre une expérience synesthésique rare. En majeure partie gratuit, il privilégie le contact entre les actants de l’alchimie poétique : le poète, ses lecteurs mais aussi son éditeur. C’est d’ailleurs là sa véritable singularité : rappeler que la poésie, écriture de l’idéal, représente un marché concret, avec ses règles, ses enjeux, ses investissements.

Sur la place du Poufre rebaptisée Place du Livre pour l’occasion, se côtoient avec animation les représentants des maisons d’édition, magazines spécialisés et librairies ; les lectures/débats « Un poète et son éditeur » questionnent le lien délicat entre beauté de la langue et problématique éditoriale : pourquoi défendre ce poète ? Pourquoi imprimer ce texte ? Pourquoi retoucher cette strophe ? Des interrogations dont le public doit avoir notion pour saisir la véritable portée de la diffusion poétique. Et de sa traduction. Venus de tout le pourtour méditerranéen, les poètes présents cherchent l’éclat du souffle originel au travers de leur langue propre. Mais à quoi bon cette quête si ils ne peuvent la partager avec autrui par delà les frontières ? Le traducteur entre alors en scène ; ouvrier de l’ombre, il doit oublier ses propres mots pour prendre en charge ceux d’un autre. En toute complicité, sans trahir ou phagocyter les mots du poète, … un travail d’équilibriste, virtuel, essentiel. Un médium … Une passerelle …

Le festival a fermé ses portes le 31 juillet, sur un bilan des plus positifs : des jeunes poètes enfin mis en lumière, un public conquis par la richesse des rencontres proposées, une anthologie des différents auteurs invités, des révélations telle la poésie en langue des signes, … Sète transformé en interface du monde poétique. Plus qu’un festival, un laboratoire ? Un évènement culturel qui va essaimer dans d’autres villes, d’autres pays … ?
Rassemblés dans ce port ouvert sur la mer d’Ulysse, auteurs, diffuseurs, lecteurs et organisateurs prouvent ainsi, sans même s’en rendre compte peut-être, la valeur pacificatrice et visionnaire de cet art. A l’heure où l’union méditerranéenne soulève tant de questions diplomatiques, les héritiers d’Homère assument le rôle très controversé de messager, de précurseur. Plus qu’une leçon de littérature, ils nous enseignent une leçon sociale, une leçon d’humanisme.
Et plus si affinités
http://www.voixvivesmediterranee.com/
http://www.culture.youvox.fr/Festivals-d-ete-2010-Opus-2-Les.html
http://www.culture.youvox.fr/Festivals-de-l-ete-2010-Les.html









