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Exposition : Izis – Paris des rêves

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vendredi 12 mars 2010, par Delphine Neimon
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Izis ? Ce n’est pas un nom de photographe, ça. Un nom de chat, de dieu égyptien, de médium ou de prestidigitateur, mais pas un nom de photographe. Et encore moins pour Paris Match.

Et pourtant … c’est sous ce patronyme aux accents mystérieux qu’Izraëlis Bidermanas, juif lithuanien d’origine, débarque à Paris en 1930, entame sa carrière puis participe au lancement du prestigieux journal en 1949. C’est sous ce patronyme qu’il travaille avec Prévert ou Colette, qu’il photographie Londres ou Israël.

Pour être tout à fait honnête, je n’en ai absolument aucune idée lorsque je poireaute dans la file d’attente. J’aime Paris, la photo, les années 50, je n’ai rien à faire ce matin-là, je suis d’humeur flâneuse, … Et puis les consonances du nom associées à l’improbable équilibre du cliché placardé partout dans la capitale ont titillé ma curiosité.

Izis – Paris des rêves, 10h du matin … c’est parti.

1ere salle : une gifle monumentale lorsque je percute le regard des maquisards tout juste sortis de clandestinité à la Libération. Pénurie de guerre, incertitude du temps, Izis les a photographiés avec en fond un papier punaisé sur un mur. Arme au poing, ces héros du quotidien affichent leur gueule anonyme de rescapés ; souci, triomphe, détente, ferveur, leurs yeux brillent de soulagement : c’est la fin d’un cauchemar.

Même regard chargé d’espoir ou de désillusion dans les pupilles des animaux du parc zoologique de Clères et de l’écrivain Colette paralysée dans son appartement et pour laquelle il ramène ces portraits animaliers ainsi que les paysages féeriques du désert de Retz. Juste histoire que l’auteur retrouve un peu de cette liberté qui lui est si chère.

Un peu plus loin, les artistes et les intellectuels, Camus, Cendrars, Juliette Greco, Joseph Kessel, … les traits graves de Dora Mar, la compagne et l’égérie de Picasso : elle affiche un visage impénétrable, dur, concentré, une déesse grecque en tailleur cintré, la cigarette à la main, les ongles effilés. Nul besoin d’une biographie pour saisir la singularité de cette femme : même les paupières baissés, son regard est intense.

Suivent les clichés de la Ville Lumière, la Foire du Trône, les quais, les parcs, les rues, les toits, … avec au cœur de cette ville, ceux qui y habitent, qui y vivent, qui y travaillent, qui y pêchent … les parisiens qui s’amusent, qui baguenaudent, … qui dorment. Sur les bords de Seine, couchés sur un banc, un parapet, des journaux, des cordages, des feuilles mortes : le pavé de la Cité transformé en gigantesque matelas capitonné. Surprenant ! Et partout, encore et toujours les regards, endormis, lassés, alertes, émerveillés.

Que ce soit en Angleterre pour le couronnement d’Elisabeth II, dans les campagnes poussiéreuses d’Israël , … capter les regards, la curiosité, l’étincelle de plaisir, de frayeur, d’intelligence, de fierté qui s’allume dans la pupille des spectateurs de ce monde.

Signe ultime de cette formidable capacité à saisir notre perception de l’univers, Izis s’est enfermé avec le peintre Chagall, un ami proche, pour assister en secret à la naissance des plafonds de l’Opéra Garnier, un véritable scoop pour l’époque et qui fera la couverture de Paris-Match. Les photos, rassemblées dans une salle de forme circulaire, tranchent avec le reste de l’exposition : elles pétillent de couleurs ! On y voit Chagall dérouler son imaginaire sur la toile à grands coups de ce long pinceau qu’il manipule tel un archet de violon. Izis l’a d’abord photographié tout prêt du tableau pour ensuite reculer progressivement : on réalise alors la petitesse du créateur face à l’ampleur de l’œuvre qu’il est en train de créer. Et pourtant, il parvient à ses fins !

Pour preuve, l’attitude assez cocasse de Malraux contemplant les peintures avec un air à la fois effaré, admiratif et vaguement inquiet, estomaqué et conquis en un seul coup d’œil, se demandant vraisemblablement ce qui lui a pris de confier pareil travail à ce petit homme génial, mais se félicitant de l’avoir fait. Et à ses côtés, Chagall, les yeux pétillants de malice, lui présentant l’ouvrage avec le visage épanoui d’un garnement qui a joué un bon tour.

Mais alors, c’est donc vrai, Izis est bien le nom d’un magicien !

Et plus si affinités :


vendredi 12 mars 2010, par Delphine Neimon
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