
Eux viennent de Bretagne, c’est plus près … mais le décalage horaire se compte en siècles. Ils ont néanmoins bien traversé les âges et nous parviennent tout sourire, leur instrument à la main, pour nous rappeler que la mission des cohortes célestes ne se cantonne pas à l’extermination de dragons ou à la transmission des messages divins. Inscrit dans leur plan de vol : chanter les louanges de la Vierge et du Tout Puissant.
Ce qui n’était au départ qu’une polyphonie a très vite pris des allures d’orchestre symphonique, couvrant autels, colonnes et murs d’église avec une rare inventivité. Nos anges mélomanes portent un riche patrimoine, qui cumulent sur leurs ailes l’histoire conjuguée de la religion, de l’art et de la musique : l’exposition nous apprend entre autres choses que les anges musiciens n’étaient guère appréciés de l’Eglise, … trop artistes peut-être ?
Ils étaient en revanche prisés du roi Charles V qui en truffa les murailles de la forteresse de Vincennes : quelques plumes de finesse dans un univers de brutes et de barbacanes. Très élaboré pour l’époque – la présence de peintures murales et de latrines en atteste - le bâtiment n’en demeure pas moins une place forte, destinée à assurer la sécurité du souverain ; ce dernier se console de la rudesse du lieu en y ajoutant un décor voué à l’élévation de son âme, d’où sa réputation de premier roi architecte.

Et nos anges désormais de brandir sur les chapiteaux, les peintures, les sculptures et les vitraux l’ensemble des instruments de l’époque : violes, tambourins, théorbes, orgues en sus des trompettes habituellement associées à la gloire divine témoigneront de l’évolution des procédés musicaux. Le fabuleux transept de Kernascléden synthétise ces influences en inaugurant la première partition musicale sculptée comme une angélique codification. Un miracle de technique !
Tu l’avais déjà compris en lisant mon texto enthousiaste composé à la va-vite sur les marches de la chapelle : cette exposition mérite le détour. C’est une amatrice qui l’affirme, avec une pointe de frustration cependant : issus de l’exposition orchestrée par le cloître de Sainte-Anne d’Auray en 2009, ces anges sont bretons - l’occasion certes de prouver l’ancrage géographique d’un style artistique prolixe - et l’on se prend à regretter un instant que leurs cousins italiens ou savoyards ne les accompagnent pas dans cette rétrospective.
Juste un instant, je te rassure : l’époustouflante majesté du lieu qui les abrite gomme aisément cette éphémère sensation. Gigantesque de proportions, la Sainte Chapelle met en scène l’écrasante puissance divine ; le caractère rassurant et paisible de ses envoyés n’en est que plus flagrant. Lovés dans une douce lumière, il émane d’eux une sensation de quiétude et de sérénité, adoucie encore par les notes d’un chant liturgique.

Un évènement incontournable donc pour ceux qui veulent découvrir cet univers angélique tel qu’il était à l’origine du mythe et non tel qu’il est diffusé aujourd’hui au travers des romans, des jeux vidéos et des films fantastiques. Le petit fascicule qui accompagne ce parcours mérite d’ailleurs toute notre attention ; court, concis, il n’en aborde pas moins les traits essentiels de cette aventure artistique.
Plus qu’une exposition donc, une expérience de l’art sacré tel que pouvaient la vivre les foules du temps jadis.
Et plus si affinités








