Ma chère Murielle !
Quel plaisir de te lire enfin. Ne m’en veux pas pour ce long silence, comme d’habitude je suis débordée. Je constate d’ailleurs que ton enthousiasme culturel n’a pas fraîchi depuis nos dernières lettres. Tu as deviné juste du reste, Paris célèbre les deux cents ans de Chopin comme il se doit, avec gloire. Des concerts un peu partout, des ballades à thèmes, des publications, et bien évidemment les deux expositions que tu as mentionnées.
Musée de la Vie Romantique, Cité de la Musique, … j’en sors à peine ; j’aurais pu me contenter d’une seule certes, mais je voulais vraiment comparer les deux approches … et j’ai eu raison. Les expositions traitent du même sujet, à savoir la vie de Chopin au cœur de notre belle capitale, elles abordent les mêmes thèmes : Paris plate-forme européenne de la musique romantique, l’avènement du piano, les cercles intellectuels que fréquentait le grand homme, la manière dont il composait, les décors dans lesquels il a vécu, les artistes qui ont été ses amis. Très claires dans leur présentation, détaillées, remarquablement illustrées et documentées, elles portent pourtant un regard très différent sur la question.

- Portrait de Chopin (daguerréotype), Louis-Auguste Bisson © Musée de la musique / Jean-Marc Anglès
Un seul coup d’œil sur les titres suffit pour saisir le décalage :
La Cité de la Musique nous convie à découvrir Chopin à Paris - l’atelier du compositeur. C’est donc d’histoire qu’il s’agit avant tout dans ces trois salles aux murs bleu nuit ; celle d’un prodige de la musique mais aussi d’un adepte du piano Pleyel dont il fera la renommée ; celle d’un exilé politique, comme tu le dis toi-même très justement, qui fréquente assidûment les concerts visant à soutenir ses compatriotes dans le besoin ; celle de l’amant de George Sand, une liaison orageuse mais fructueuse néanmoins car l’auteur de La Mare au Diable l’accompagnera huit années durant ; celle d’un homme malade qui s’éteint à Paris, et dont la sœur rapatrie le cœur en Pologne comme un témoignage poignant. Et comme pour appuyer ce désir de restituer une réalité disparue, des exposés précis, des références à la technique musicale, mais aussi des extraits de musique et de films qui démontrent l’universalité du génie.

Blotti dans une arrière cour du 9eme arrondissement, le musée de la Vie Romantique s’attache justement à explorer cette particularité : Chopin – La note bleue part en quête de cet accord parfait cher aux romantiques, ce moment si particulier, instant d’éternité où comme le dira Baudelaire ultérieurement dans son poème "Correspondances" : « Les parfums, les couleurs et les sons se répondent ». C’est Georges Sand qui initiera l’expression devenue mythique au point d’inspirer le titre d’un film. La note bleue surgit du clavier de Chopin au moment où Delacroix, ami du couple, explique la notion de reflet au fils de Georges Sand. D’un coup d’un seul, Chopin se met à jouer devant les spectateurs stupéfaits puis ravis. L’exposition restitue avec beaucoup de justesse cette sensibilité romantique qu’on perçoit difficilement aujourd’hui que ces tumultueux jeunes gens sont passés à la postérité. A l’époque, ils ont vingt ans. Installés au cœur de la Nouvelle Athènes devenue leur quartier de prédilection, ils vivent en toute intimité telle une famille qui partage les mêmes passions. C’est cette atmosphère que l’on retrouve sous la tonnelle du musée.
Une exposition pour comprendre, une autre pour ressentir : ce voyage au pays de Chopin te plairait beaucoup … je te laisse sur ces quelques images pour compléter les accents du maître. A très vite, pour nous conter d’autres histoires. Je t’embrasse affectueusement,
Delphine
Et plus si affinités :
http://www.cite-musique.fr/minisites/1003_chopinaparis/m ain.aspx
http://www.culture.youvox.fr/Chopin-compositeur-et-romantique.html?var_mode=calcul








